Ce n'est pas un concours, et ce n'est pas un écrit
La requête « concours secrétaire de mairie » mélange deux réalités que le droit sépare.
La première est un cadre d'emplois ancien. Le décret n° 87-1103 du 30 décembre 1987 dispose encore, à son article 1 en vigueur depuis le 1er janvier 2017, que les secrétaires de mairie constituent un cadre d'emplois administratif de catégorie A, et que ce cadre ne comporte qu'un seul grade. Il n'a pas disparu. Il ne se recrute plus comme un concours : l'article 3, en vigueur depuis la même date, limite le recrutement à la seule voie de la mutation de membres titulaires de ce cadre. Les articles 4, 5 et 6, qui organisaient les concours et une promotion interne, sont abrogés. La fiche d'impact du décret n° 2024-827 du 16 juillet 2024 le range parmi les cadres « mis en extinction ». Cet oral-ci n'y mène pas.
La seconde réalité est celle de cette page. L'article 8-1 du décret n° 2012-924 du 30 juillet 2012, créé par le décret n° 2024-826 et en vigueur depuis le 18 juillet 2024, ouvre une liste d'aptitude après un examen professionnel qui sanctionne une formation qualifiante, aux fins d'exercer les fonctions de secrétaire général de mairie. Le décret n° 2024-831 du 16 juillet 2024 en fixe l'organisation. Son article 1 tient en une phrase : cet examen d'accès au grade de rédacteur territorial comporte une épreuve orale.
Une épreuve, orale. Pas d'écrit d'admissibilité, pas de seconde épreuve à ajouter de mémoire, pas de coefficient fixé dans ce décret. L'intitulé légal des fonctions, dans la loi comme dans ces décrets, est secrétaire général de mairie, pas « secrétaire de mairie » au sens du vieux cadre.
Qui se présente, et ce que l'admission ouvre
L'article 8-1 ne s'adresse pas à n'importe quel candidat libre. Peuvent être inscrits sur la liste d'aptitude, après avoir validé cet examen, les fonctionnaires de catégorie C relevant des grades d'avancement de leur cadre d'emplois, qui comptent au moins huit ans de services publics effectifs dans un emploi de catégorie C. Le texte parle d'un examen qui sanctionne une formation qualifiante. Cette page ne décrit pas le contenu de cette formation : le décret d'examen ne le fait pas non plus.
L'article 7 du décret n° 2024-831 borne la suite. Le fonctionnaire inscrit sur la liste des admis ne peut être recruté que pour exercer uniquement les fonctions de secrétaire général de mairie. Il a l'obligation d'exercer ces fonctions pour une durée minimale de trois ans à compter de la date de sa titularisation.
Le grade visé est celui de rédacteur territorial. L'article 3, I, du décret n° 2012-924, en vigueur depuis le 18 juillet 2024, dit que les rédacteurs peuvent être chargés des fonctions de secrétaire général de mairie d'une commune de moins de 2 000 habitants. C'est une autorisation statutaire pour ce grade, pas un tableau de tous les emplois possibles dans toutes les communes.
Cette page ne recense pas les autres voies de nomination, ne donne aucun traitement, et ne compte aucun poste.
Vingt minutes, dont cinq au plus d'exposé
L'article 2 du décret n° 2024-831 décrit l'épreuve, et il ne décrit qu'elle :
« L'épreuve orale consiste en un entretien ayant pour point de départ un exposé du candidat sur les acquis de son expérience professionnelle ; elle se poursuit par des questions permettant d'apprécier les facultés d'analyse et de réflexion du candidat ainsi que son aptitude et sa motivation à exercer les missions de secrétaire général de mairie et, le cas échéant, à encadrer une équipe (durée : vingt minutes, dont cinq minutes au plus d'exposé). »
Trois conséquences pratiques, toutes dans cette phrase.
Le tout dure vingt minutes. L'exposé est un plafond, pas une durée à remplir : cinq minutes au plus. Le décret ne fixe pas de minimum. S'il dure cinq minutes, l'échange occupe les quinze minutes qui restent. S'il est plus court, l'échange s'allonge d'autant, puisque le total ne bouge pas.
Le point de départ est imposé : les acquis de l'expérience professionnelle. Pas un sujet tiré au sort, pas une question de cours annoncée à l'avance. L'article 2 ne dresse aucune liste de matières.
Les questions qui suivent ont un objet fixé par cette phrase : facultés d'analyse et de réflexion, aptitude et motivation à exercer les missions de secrétaire général de mairie, et, seulement le cas échéant, l'encadrement d'une équipe. « Le cas échéant » n'est pas une quatrième partie obligatoire.
L'article 6 attribue une note de 0 à 20, dans les conditions d'admission fixées par l'article 18 du décret n° 2013-593 du 5 juillet 2013. Il ne pose pas de coefficient. Les articles 1 et 2 n'en posent pas non plus. Cette page n'en invente pas, et elle ne récrit pas l'article 18.
La trame de l'exposé
Le décret ne découpe pas les cinq minutes. La grille ci-dessous est une méthode de préparation, proposée pour tenir dans le plafond. Ce n'est pas un programme officiel, et ce n'est pas l'ordre que le jury serait tenu de suivre.
Le fil est celui de l'article 2 : les acquis de votre expérience professionnelle, orientés vers les fonctions de secrétaire général de mairie. Un récit de carrière sans lien avec ces fonctions rate le point de départ. Une leçon sur la commune, sans rien de ce que vous avez fait, le rate aussi.
| Moment | Ce que vous préparez | Ce que vous ne faites pas |
|---|---|---|
| L'ancrage | La collectivité, l'emploi tenu, les actes que vous portiez vraiment : accueil, actes, budget, relation avec l'élu. | Une liste d'intitulés de postes, ou le nom de toutes les communes où vous êtes passé. |
| Un acquis, pas un catalogue | Une situation où vous avez démêlé un dossier, rédigé un acte ou fait tenir une règle. Ce que vous en avez gardé. | Trois anecdotes. Cinq minutes ne portent qu'un exemple, mené jusqu'au bout. |
| La chute | En une ou deux phrases : en quoi cet acquis sert les fonctions de secrétaire général de mairie, pas un autre métier. | Une formule de motivation générale, du type « j'aime le service public ». |
La trame de l'échange
Après l'exposé, ce sont les questions du jury. Là encore, la trame suit les mots de l'article 2, sans prétendre que telle question tombera. Préparer l'objet, ce n'est pas apprendre des réponses types.
| L'article 2 dit que le jury apprécie | Ce que vous avez intérêt à avoir prêt |
|---|---|
| Les facultés d'analyse et de réflexion | Reprendre une situation réelle et montrer comment vous l'avez décomposée : le fait, la règle, la décision, ce que vous referiez. Réciter une définition ne montre pas une faculté. |
| L'aptitude et la motivation à exercer les missions de secrétaire général de mairie | Relier ce que vous savez faire aux fonctions que la loi nomme : le secrétariat de mairie, sous l'autorité du maire, dans les communes dont l'article L. 2122-19-1 du code général des collectivités territoriales fixe le cadre. La motivation se dit sur ces fonctions, pas sur un grade en général. |
| Le cas échéant, encadrer une équipe | Seulement si le « cas échéant » est le vôtre : vous avez encadré, ou le poste visé le suppose. Le décret n'en fait pas un passage pour chaque candidat. Inventer une équipe que vous n'avez pas eue se voit. |
Les seuils à connaître pour parler des fonctions
L'article 2 parle des « missions de secrétaire général de mairie » sans en donner le programme. Le cadre de ces fonctions est ailleurs, à l'article L. 2122-19-1 du code général des collectivités territoriales, dans deux rédactions successives de la loi n° 2023-1380 du 30 décembre 2023.
La rédaction en vigueur du 1er janvier 2024 au 1er janvier 2028, donc jusqu'au 31 décembre 2027, vise les communes de moins de 3 500 habitants. Le maire y nomme un agent aux fonctions de secrétaire général de mairie, sauf s'il nomme un agent pour occuper les fonctions de directeur général des services. Le secrétaire général de mairie peut exercer à temps partiel ou à temps non complet. Cette rédaction ne fixe pas de catégorie.
Le II de l'article 1 de la loi entre en vigueur le 1er janvier 2028. Légifrance publie déjà cette rédaction comme version à venir. Dans les communes de moins de 2 000 habitants, le maire nomme un agent classé au moins dans la catégorie B. Dans les communes de 2 000 habitants et plus, il nomme un agent classé dans la catégorie A, sauf s'il nomme un directeur général des services. Le temps partiel et le temps non complet restent possibles, quel que soit le nombre d'habitants.
« Au moins la catégorie B » n'est pas « seulement la catégorie B » : un agent de catégorie A y entre aussi. « Classé dans la catégorie A » pour les communes de 2 000 habitants et plus n'est pas un plancher plus bas. L'exception, dans cette strate, est la nomination d'un directeur général des services, pas le maintien d'une catégorie inférieure.
Pour le grade que cet examen ouvre, gardez l'article 3, I, du décret de 2012 à côté de ce tableau : un rédacteur peut être chargé de ces fonctions dans une commune de moins de 2 000 habitants. Ne déduisez pas de ce seul article ce qui est permis au-dessus de ce seuil, ni ce qu'il advient des agents déjà nommés. Le texte ne le dit pas.
| Jusqu'au 31 décembre 2027 | À compter du 1er janvier 2028 | |
|---|---|---|
| Communes concernées par la nomination | Moins de 3 500 habitants | Moins de 2 000 habitants, puis 2 000 habitants et plus |
| Qui est nommé secrétaire général de mairie | Un agent, sauf si le maire nomme un directeur général des services. Aucune catégorie dans cet article. | Moins de 2 000 : au moins la catégorie B. 2 000 et plus : la catégorie A, sauf nomination d'un directeur général des services. |
| Temps de travail | Temps partiel ou temps non complet | Temps partiel ou temps non complet, quel que soit le nombre d'habitants |
À retenir
Une épreuve, orale. L'article 1 du décret n° 2024-831 ne prévoit rien d'autre. Ce n'est pas l'accès au cadre d'emplois du décret n° 87-1103, recruté par la seule mutation, et dont la fiche d'impact du décret n° 2024-827 dit qu'il est mis en extinction.
Vingt minutes, dont cinq au plus d'exposé sur les acquis de l'expérience professionnelle. Cinq minutes est un maximum. Le décret ne fixe ni minimum, ni coefficient.
La note va de 0 à 20, dans les conditions d'admission de l'article 18 du décret n° 2013-593. Cette page ne les reformule pas.
L'échange porte sur l'analyse, la réflexion, l'aptitude et la motivation pour les missions de secrétaire général de mairie, et sur l'encadrement seulement le cas échéant.
Huit ans de services publics effectifs dans un emploi de catégorie C, et un grade d'avancement : c'est le public de l'article 8-1, pas une condition inventée pour l'oral.
Trois ans de fonctions de secrétaire général de mairie au minimum, à compter de la titularisation, et pour ces fonctions seulement : article 7.
Moins de 3 500 habitants jusqu'au 31 décembre 2027. À partir du 1er janvier 2028, au moins la catégorie B en dessous de 2 000 habitants, la catégorie A à partir de 2 000, sauf directeur général des services. Un rédacteur peut être chargé de ces fonctions dans une commune de moins de 2 000 habitants.
▸ SOURCES
- Décret n° 2024-831 du 16 juillet 2024, articles 1, 2, 6 et 7 (examen professionnel prévu à l'article 8-1 du décret du 30 juillet 2012) — Légifrance
- Décret n° 2012-924 du 30 juillet 2012, article 8-1, version en vigueur depuis le 18 juillet 2024 — Légifrance
- Décret n° 2012-924 du 30 juillet 2012, article 3, I, version en vigueur depuis le 18 juillet 2024 — Légifrance
- Article L. 2122-19-1 du code général des collectivités territoriales, version en vigueur du 1er janvier 2024 au 1er janvier 2028 — Légifrance
- Article L. 2122-19-1 du code général des collectivités territoriales, version en vigueur à partir du 1er janvier 2028 — Légifrance
- Loi n° 2023-1380 du 30 décembre 2023 visant à revaloriser le métier de secrétaire de mairie, article 1 — Légifrance
- Décret n° 87-1103 du 30 décembre 1987, articles 1 et 3 (recrutement par la seule mutation) ; articles 4, 5 et 6 abrogés — Légifrance
- Fiche d'impact du décret n° 2024-827 du 16 juillet 2024 (cadre d'emplois des secrétaires de mairie mis en extinction) — Légifrance